Pourquoi l’enseignement secondaire de la femme?

-Jeanne Cloutier, 1941-

Je dis l’instruction féminine était négligée absolument et systématiquement. On soutenait que la femme devait se borner à posséder quelques notions rudimentaires du catéchisme, de la couture, de divers petits travaux domestiques, a savoir, danser, chanter, bien faire la révérence, parler exactement. Voila en quoi consistait pour l’ordinaire toute leur éducation. Avouez que c’était bien peu, mais très suffisant.  Alors qui nous empêcherait de suivre l’exemple de ses femmes, j’oserais dire, quasi naïves, dans leur rôle d’antan? A quoi nous servira tout le bagage de savoir supplémentaire acquis sur les bancs des cours supérieures? En un mot, pourquoi l’enseignement secondaire de la femme? Question épineuse, pourtant maintes fois répondue. Tout simplement parce que les temps ont changé….

Aussi est-il d’une extrême importance que la femme se fasse un devoir de s’instruire pour remplir son double rôle, maternel et social, sans parler du développement intellectuel qui s’en suivra. 

Il va sans dire que la culture classique est d’une grande valeur formatrice pour l’âme féminine.  Tout en remplissant son premier et principal rôle de montrer a bien penser, elle forme le jugement, ce grand facteur qui fait réfléchir sur les évènement et les choses et par le fait même, expose moins a adopter tous les jugements à la mode…

La société d’amis choisis détendra son esprit tout en lui procurant un passe-temps agréable et reposant…

L’éducation des hommes de demain. Voilà l’œuvre immense de la femme, le chef-d’œuvre permanent de la femme. La mère qui aura été formée a l’école des grands penseurs et des savants moralistes et des maitres chrétiens sera surement mieux préparée pour donner a ses enfants, après la vie physique, la vie intellectuelle et morale…

Ce n’est pas seulement sur ses fils que la femme obtiendra cette influence, elle s’étendra partout autour d’elle et de proche en proche sur tout le monde. Une solide culture lui assurera un plus grand rayonnement intellectuel et moral et lui permettra d’entrainer les autres à bien penser et à bien vivre. Qu’est-ce que bien penser si ce n’est bien juger, bien gouter, éviter les défauts, les excès… Bien vivre, non certes égoïstement. Une bonne culture rend plus féconde la vie de la femme… Imaginez le renouveau dans la société occasionne par la présence d’une intelligence éclairée et d’un jugement droit. Et que dire de toutes les organisations philanthropiques, scientifiques et patriotiques. La femme instruite en y apportant son concours, qui sait, fera-t-elle jaillir une pluie bienfaisante qui aura son retentissement dans toutes le branches des arts et des sciences. Il y a encore parmi nous des Mme Curie, des Mme de Sevigne, des Marie Stuart. Il ne tient qu’a nous de les faire valoir.

Voilà, jeunes filles, notre tache de demain. Elle est aussi vaste que noble. Collaborons toutes ensemble a la conquête du bien social, économique et scientifique. Pour atteindre cet objectif, l’arme dont nous devons nécessairement nous servir, l’arme dont nous avons absolument besoin, c’est l’arme du savoir, l’arme de la culture intellectuelle et morale, en d’autres termes, l‘arme de l’enseignement.